Mardi 4 Septembre. 21h34
La police se présente face à la porte griffée de l'appartement 28 du 166 rue Carretetrie. Le serrurier ne peine pas à faire céder le mécanisme d'ouverture de la porte. Comme pour affirmer son autorité, le comissaire principal pose fermement sa main sur la poignée, il veut être le premier à entrer en Enfer. L'obstacle s'ouvre. Les clés du locataire enfoncées dans le trou de la serrure de l'autre côté de la porte brisent le silence d'une pièce plongée dans le noir. L'odeur est abominable, insouteable. Les plus sensibles de l'équipe laissent évacuer de leur bouche béantes les grumaux d'un repas rapidemment avalé quelques heures plus tôt. En vieux loup, le patron de l'esquade s'avance, sa main gantée de cuire posée sur son nez et sa bouche. Lentement, il s'approche de ce qu'il distingue comme étant un lit au pied duquel repose un corps, infâme, déformé par la mort et la décomposition. Celui-ci, long et amaigri, repose à moitié sur le matelas comme ayant chut pendant le sommeil avec pour seul vêtement un caleçon. Le comissaire marque un temps d'arrêt face au cadavre gisant à ses pieds. Puis il s'accroupie près de la tête. C'est bien lui. Celui que l'on ne trouvait plus. La bouche était ouverte, comme criant sa douleur à des murs qui le rendraient aphone. Seul une langue desséchée en sort et frôle le sol sale. Les yeux, grands ouverts et révulsés, ne témoignent aucune émotion. Des cheveux en bataille jusqu'à la barbe de plusieurs jours, tout laisse à croire à une longue période de laisser-aller, à une absence totale de soin physique. Comme par résignation face au sort qui l'attendait. Du regard, le boss longea le corps inanimé suivant le sens d'un bras tendu vers une masse sombre, posée au sol. L'objet, fin et formant un angle droit, était relié à la prise électrique près du lit. Malgré le drame, l'ordinateur était toujours bel et bien branché. Bras tendu vers lui et doigt posé sur la souris, la victime semblée vouloir trouver son salut grâce au dernier moyen qui le relié au monde extérieur. L'air de rien, le comissaire tenta de ralumé l'appareil qui semblait n'être qu'en veille. A peine le bouton d'allumage enfoncé, l'écran se ralluma bien vite dans une panache de fenêtres ouvertes et de cris assourdissant. " MAAAAANNUUUUUUUUUUUUUUU !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! QU'EST CE QUE VOUS BRANLEZ AU STANDAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARD ?????????????????????????????????????" hurla la voix d'un homme ivre de haine. Renversé par la peur, le policier s'empresse de couper le son de l'ordinateur et pose rapidement sa main sur son coeur comme pour se presuader qu'il bat toujours. Les yeux écarquillés, il fixe le bas de l'écran et note les divers onglets ouverts par le défunt. Ce n'est peut être qu'un détail pour vous, mais pour lui ça veut dire beaucoup. "Football Manager 2007", "MSN Messenger", "Sex with poney", "l'Equipe.fr" et autre "Skyblog de Hay - immortalz" se partageaient la longueur de l'écran. L'enquête révèlera que la page "Skyblog" contenait plusieurs onglets ouverts dont les noms commençaient quasiment tous par "Bogoss du ..." ou "Fashion style of ...".
Après bien des jours de recherche, de témoignages et encore de recherches, la police arriva aux conclusions suivantes. La victime (David PHILIP) s'était retrouvé dans l'impossibilité de sortir de son domicile. Certaines sources avancent l'hypothèse plausible qu'il ne s'était pas doté du nouveau système d'ouverture magnétiques des portes communes de sa résidence. Face à cette incapacité à s'extraire du dit bâtiment, le jeune homme se serait noyer dans la profusion de "skyblogs" égocentriques garnis de "je tape la poze, je dépoze, je m'impoze et puis j'exploze", de " ce GarS lé tro tigen, dla baL de Mort, tap tro d bar avc lui, tro mdr ptdr", de "Si mon style te dérange c'est que la jalousie te démange", de "LäcHe d Com et ton bLOg meC" et autres photos portant toutes, à chaque fois, sur l'auteur présumé du "skyblog" (la photo montrant parfois l'auteur en train de lui meme se prendre en photo), le tout parsemé du pronom "moi". L'enquête révèlera également un parcours plus qu'honorable avec l'équipe de Tottenham sur le jeu Football Manager 2007, avec au palmarès de la victime une Coupe de l'UEFA et une place de 2nd en Premièreship anglaise au cours de la saison 2007-2008.
Pet à son âme.